C’est une question de survie ! Le temps est venu pour les entreprises de procéder à une refonte de leur stratégie qui garantira leur pérennité. Pour cela, une nouvelle vision de l’intelligence économique est indispensable, de même qu’une nouvelle approche de la Sûreté au sein des entreprises, mais aussi des services de la République.

Par Régis Poincelet, directeur Sûreté du groupe ENGIE. 

« Les espèces qui survivent ne sont pas les espèces les plus fortes, ni les plus intelligentes, mais celles qui s’adaptent le mieux aux changements »  formulait en 1859 Charles Darwin , le célèbre naturaliste anglais. Ainsi, toutes les espèces vivantes auraient évolué au cours du temps grâce au processus de la « sélection naturelle ». L’hypothèse vaut pour les entreprises et met en avant trois idées essentielles.

Tout d’abord, il faut s’interroger sur la menace, ce qui revient à poser la question de savoir si l’entreprise et ses dirigeants savent à quel type de menace ils sont exposés.

Une fois la menace clairement identifiée et évaluée, il y a la question de l’adaptation de l’entreprise, autrement dit, de sa capacité à mettre en place des structures suffisamment agiles et éclairées pour lui donner les moyens de l’esquive et, le cas échéant, de l’affrontement ou de la résistance.

Enfin, il faut considérer la sanction potentielle de l’ignorance, délibérée ou non, des dirigeants. Ignorance qui peut conduire dans les cas les plus extrêmes à la disparition de l’entreprise. Dans un monde de compétition internationale exacerbée, une proie affaiblie devient rapidement une cible facile pour ses concurrents.

Cécité et aveuglement

Fonction vitale au sein de l’entreprise, la Sûreté devrait ainsi être de plus en plus au cœur de l’élaboration de sa stratégie. C’est rarement le cas, hormis dans quelques grands groupes qui ont pris la décision de se doter, de façon pérenne, d’une véritable direction de la Sûreté. Pourquoi un tel retard en France ?

Pour plusieurs raisons : en premier lieu une certaine cécité des managers, lesquels n’ont pas toujours la vision que donne une sensibilisation à la problématique de l’intelligence économique. Beaucoup d’entre eux n’ont pas encore intégré la donnée selon laquelle l’entreprise n’a pas d’amis, non plus d’ennemis, elle a simplement des partenaires aux intérêts changeants.

Au-delà de ce défaut d’appropriation d’une culture de l’information et de son traitement – pourtant largement répandue dans le monde, ne serait-ce qu’aux USA, en Russie ou en Chine -, il y aurait pire que la cécité : l’aveuglement.

La plus grande partie des ressources dont nous disposons au niveau des services étatiques de renseignement est aujourd’hui consacrée à la lutte contre le terrorisme. Il en va de même pour ce qui concerne les directions Sûreté d’entreprises, qui ont une propension naturelle à traiter d’un sujet qui comporte certes une énorme charge émotionnelle, mais dont la probabilité d’occurrence pour ce qui concerne leurs expatriés et missionnés reste faible. Ce sont les populations locales qui sont les premières victimes des groupes terroristes.

Des progrès appuyés par la législation

Tout n’est pas perdu pour autant et nous avons encore des raisons d’espérer. Du côté des services de la République, le concept de l’intelligence économique lorsqu’il dépasse le stade indispensable, mais basique et trop confortable, de la protection de son patrimoine immatériel, continue de faire son chemin.

Du côté des entreprises, on constate aussi une ouverture dans ce domaine, et certaines n’ont pas hésité à franchir l’obstacle qui, il y encore quelque temps, suffisait à les paralyser tant leur vision restait floue entre espionnage et intelligence économique. Il est vrai que les législations étrangères, avec le FCPA et le Bribery act, et nationales, avec Sapin 2 – pour ne citer que les plus significatives (et dont certaines sont d’application extra-territoriale) – ont grandement contribué à étendre les missions d’une direction Sûreté à ce domaine.

Si cet effort mérite d’être encouragé, il ne faut pas non plus tomber dans le piège de la simple « compliance » qui consiste à mettre des croix dans les cases de la lutte contre la corruption et pour le respect des droits humains, en s’imaginant que la mission serait alors totalement remplie !

C’est le principal défi que les directeurs Sûreté auront à relever dans les prochaines années, c’est aussi par cette fenêtre que leur arrivera l’oxygène que la lutte contre le terrorisme leur pompe chaque jour.

Par Régis Poincelet

Directeur Sûreté du groupe ENGIE
En 2013, il est élu Directeur Sûreté de l’année pour sa gestion du dossier « TMF » (prise d’otages au Cameroun / Nigeria)

Régis Poincelet participera à la table ronde :
« Menaces : comment une entreprise s’adapte ou disparaît ? »

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