Nos démocraties ne semblent pas capables d’éradiquer à court terme un terrorisme qui ne cesse de se répandre. Pourtant, résistance et résilience peuvent leur donner l’avantage. Cela passe par une coopération internationale, mais aussi nationale, avec les forces de sécurité quotidienne et la population.

Par Guy Parayre, Général d’armée, ex-directeur général de la Gendarmerie nationale. 

Le terrorisme est présent dans nos sociétés depuis longtemps. Ses nombreuses formes rendent sa définition difficile. Depuis 2001, sa recrudescence a conduit certains à considérer qu’une « guerre » était engagée entre le terrorisme et les démocraties. Mais si cette guerre – si tant est qu’on puisse désigner ainsi l’ensemble des attaques menées par des groupes ou des individus revendiquant l’appellation terroriste – paraît ingagnable par le terrorisme, elle reste une épine dans le pied des démocraties.

Le terrorisme ne peut pas gagner pour au moins deux raisons. Tout d’abord, il s’agit d’une guerre asymétrique en raison de la nature même de l’adversaire : pas un État mais un concept abstrait incarné par une myriade de groupes non étatiques plus ou moins organisés et reliés entre eux. La confusion, l’insoumission au droit international, la dispersion et l’initiative des frappes lui permettent des succès mais la sortie de l’ambiguïté, indispensable à la reconnaissance de la victoire, entraînerait aussitôt sa perte.

Ensuite, s’appuyant sur la barbarie, le terrorisme ne saurait dans la durée emporter l’adhésion internationale. Si ses manifestations affectent sérieusement les opinions publiques, le terrorisme fédère contre lui.

Les attentats ont montré l’importante contribution des forces de sécurité quotidienne

Mais les démocraties ne semblent pas être en mesure de s’en débarrasser à court ou à moyen terme, dans un monde ou les zones d’instabilité sont nombreuses et les inégalités progressent. Face à la menace terroriste qui disposera toujours de l’avantage de l’initiative de la violence, il importe que les démocraties fassent la preuve de leur résistance et de leur résilience. Des pistes d’amélioration existent.

En premier lieu, la définition d’une stratégie de lutte cohérente, avec une plus grande coordination et coopération des moyens tant au niveau national qu’international. À cet égard, en France, les deux derniers Livres Blancs sur la Défense et la Sécurité Nationale mériteraient d’être corrigés, car la distinction entre sécurité nationale et sécurité quotidienne a fait perdre la globalité indispensable de notre réponse. En effet, la détection des signaux faibles en matière de terrorisme ne peut se passer de la contribution des forces de sécurité quotidiennes et de la population. Les attentats de ces dernières années ont démontré que l’engagement immédiat des forces de sécurité quotidienne pouvait être indispensable avant celui des forces spécialisées.

Mais augmenter l’efficience des moyens de prévention et de lutte contre le terrorisme n’est pas suffisant. Sur le plan politique, il convient de s’attaquer au règlement de la crise humanitaire dans laquelle les groupes terroristes prospèrent. Des guerres, la famine, le retard ou l’absence d’éducation déstabilisent des zones entières, au Moyen-Orient et en Afrique notamment. Sur le plan moral, le développement de nos valeurs traditionnelles de justice, de tolérance, de fraternité, d’amour du pays, parfois mises à mal, quelquefois jugées dépassées permettrait d’améliorer à la fois notre esprit de résistance à cet ennemi sournois et notre capacité de résilience face à ses attaques.

Par Guy Parayre

Général d’armée, ex-directeur général de la Gendarmerie nationale de 2004 à 2008.

Consultant, conseiller du président au sein d’ENGIE INEO.

Guy Parayre participera à la table ronde :
« Le terrorisme peut-il gagner la guerre face aux démocraties ? »

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s